Les animaux utilitaires peuvent-ils se transformer en victimes innocentes ? Ethnographie combinatoire de pratiques confinées en abattoir et en laboratoire

Cet article se penche sur la question de la violence faite aux animaux utilitaires dans des univers confinés que sont l’abattoir et le laboratoire d’expérimentation à travers la mise en œuvre d’une ethnographie combinatoire. L’ethnographie combinatoire est une méthode comparative qui consiste à multiplier les terrains afin de repérer un ensemble de formes d’action se rapportant à une activité générale. Ce mode d’enquête vise à rendre compte des détails propres à chaque cas, mais aussi à généraliser en distinguant, par la comparaison, des points communs et donc des traits généraux. La question des différences entre les « terrains » est également fondamentale car elle ouvre à la compréhension de l’impact des dispositifs qui, s’ils possèdent souvent des caractéristiques communes, demeurent spécifiques à chaque situation. Les résultats d’une telle ethnographie combinatoire concernant la mise à mort des animaux utilitaires révèlent les difficultés qu’ont les acteurs à mettre en œuvre les injonctions à la compassion et à transformer les non-humains en victimes innocentes d’un « sacrifice » nécessaire.

mots-clés : Animaux, violence, comparaison, abattoir, mise à mort,


Numéro 41 – juin 2021 Ce que la comparaison fait à l’ethnographie

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Mont(r)er sans dire. Séquences filmées d’un itinéraire de recherche (Bénin méridional, Bordeaux, Nantes, Guadeloupe)

À travers l’analyse de trois documentaires audiovisuels tournés, entre 2012 et 2018, dans le Bénin méridional, en Guadeloupe et dans les villes de Bordeaux et Nantes, le texte examine les questions heuristiques posées par ma collaboration avec un cinéaste à des moments différents (au début, pendant et à la fin) de mes enquêtes sur place. À partir de ces trois expériences, l’article se focalise sur des contextes significatifs d’un processus mondialisé d’institution d’une mémoire culturelle du passé de l’esclavage. Le propos comparatif met au jour ici, d’un côté, les actions d’individus qui produisent diverses représentations de ce passé dans les espaces publics où ils sont appelés à jouer un rôle et, de l’autre, les modes d’articulation entre la collecte ethnographique des images et la fabrication documentaire de leurs significations. Si ces productions peuvent être appréhendées comme des compléments filmiques au travail de terrain, il s’agit moins de penser les conditions de réalisation d’une anthropologie visuelle que de prolonger une réflexion sur les scènes prises et montées au sein de plusieurs narrations qui communiquent entre elles.

mots-clés : comparaison, documentaire ethnographique, mémoires de l’esclavage, montage d’un film, ironie


Numéro 41 – juin 2021 Ce que la comparaison fait à l’ethnographie

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Hommages à Patrick Williams (1947-2021). Présentation

Présentation des textes d’hommage que les revues Ethnologie française et ethnographiques.org rendent à Patrick Williams (1947-2021), ethnologue des mondes tsiganes, anthropologue des univers urbains et du jazz, ainsi qu’auteur de fictions et homme de scène.

Mots clés : hommages, anthropologie urbaine, mondes tsiganes, Manouches, Roms kalderash, jazz, participation observante, littérature


Numéro 41 – juin 2021 Ce que la comparaison fait à l’ethnographie

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Quand les voix se répondent

Patrick Williams appréciait l’œuvre de Toni Morrison. Et de fait, ses propres écrits entraient fortement en résonance avec ceux de de la romancière afro-américaine. L’un et l’autre soucieux de vérité et d’authenticité, l’un et l’autre également attachés à la musicalité des mots, ils partageaient une même passion pour le jazz et une même perception fine de la culture urbaine. L’un et l’autre oscillèrent sans cesse entre l’oral et l’écrit, jusqu’à la pratique de la lecture à voix haute de leurs textes, qui leur permit d’expérimenter pleinement ce monde de l’oralité qu’ils n’avaient cessé d’explorer.

mots-clés : Patrick Williams, Colette Pétonnet, Toni Morrison, Tsiganes, Afro-Américains, jazz, ville, culture urbaine, écriture, lecture à voix haute, oralité, performance


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Les Palais de la mémoire. Hommage à Patrick Williams

Patrick Williams, décédé le 15 janvier 2021, fut le grand ethnologue des Tsiganes. Mais il fut également un anthropologue du jazz, un auteur dramatique, un homme de lettres, un homme de scène… En s’appuyant sur deux ouvrages qui ouvrent et clôturent son œuvre , cet article tend à montrer comment, à travers ces multiples activités, Williams fut surtout l’anthropologue d’une certaine forme de temporalité inhérente à l’oralité qui est le kaïros, cet art du temps dans lequel pour reprendre une formule de Michel de Certeau, « l’éclair de la mémoire brille dans l’occasion ».

mots-clés : Patrick Williams, oralité, temporalité, kairos, jazz, Tsiganes, Manouches, Django Reinhardt, musique


Numéro 41 – juin 2021 Ce que la comparaison fait à l’ethnographie

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L’interprète sur le terrain de l’anthropologue : rencontre interdisciplinaire

La collaboration avec des interprètes est courante dans les enquêtes qualitatives de terrain. Nous analysons ici la présence de ces médiateurs linguistiques sur les terrains de l’anthropologue et la nature des relations entre l’anthropologue et son interprète. Notre approche associe les connaissances anthropologiques aux réflexions théoriques récentes menées en traductologie. Cette analyse croisée permet de comprendre les enjeux spécifiques de l’interprétariat dans les enquêtes de terrain : l’absence de formation en interprétation, le profil linguistique des interprètes et l’impact de leur présence à différents stades de l’enquête. Dans la dernière partie de cet article, nous proposons des pistes concrètes pour mieux gérer les travers de l’interprétariat lors d’une enquête qualitative de terrain.

mots clés : terrain ethnographique, interprète, assistant de recherche, éthique, méthodologie, ethnolinguistique, traduction, entretiens


Numéro 41 – juin 2021 Ce que la comparaison fait à l’ethnographie

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Le faire-comparer. L’intersubjectivité à l’œuvre dans les échanges marchands euro-marocains

Cet article présente un processus d’enquête nommé le « faire-comparer ». Celui-ci implique les acteurs du terrain autant qu’il implique l’ethnographe lorsque les deux partagent une même origine. L’échange permet de faire éliciter les imaginaires, les ambivalences et les représentations des enquêté.es, en mobilisant à la fois les confrontations et les connexions qui se jouent dans les modes d’appartenance de chacun. Ce n’est plus seulement le chercheur qui compare mais aussi les enquêté.es. À partir de différents terrains ethnographiques sur les échanges marchands entre le Maroc, la France et la Belgique, l’article décrit tout d’abord la mise en circulation commerciale des objets et des services initiés par des entrepreneur.es d’origine marocaine en Europe. Dans un second temps, il discute les enjeux théoriques de la démarche comparative, lorsque l’enquêté.e est invité.e à contribuer à la méthodologie et à l’analyse de la recherche. À la lumière des dévoilements qui se révèlent à travers le faire-comparer, la dernière partie de l’article est consacrée aux desseins de la comparaison dans le contexte de l’entrepreneuriat transnational.

mots-clés : anthropologie, comparaison, diaspora, circulation transnationale, diaspora marocaine


Numéro 41 – juin 2021 Ce que la comparaison fait à l’ethnographie

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Pour une comparaison « au ras du sol »

En guise d’introduction, cet article indique la perspective dans laquelle sont envisagées, dans ce numéro, les relations entre ethnographie et comparaison. Longtemps perçue comme une voie royale d’accès à la découverte de lois générales en anthropologie, la comparaison est au contraire appréhendée ici comme essentielle au travail ordinaire de l’ethnographe sur le terrain, tant pour comprendre et analyser un espace social et culturel spécifique que dans la pratique d’une ethnographie multisituée. Le premier comparatisme auquel se confronte le chercheur n’est-il pas en effet celui de ses interlocuteurs ?

mots-clés : comparaison, ethnographie, réflexivité, construction de comparables


Numéro 41 – juin 2021 Ce que la comparaison fait à l’ethnographie

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Jeunes musulmans et citoyenneté. Défis et apports d’une ethnographie comparée Italie-France.

Cet article propose un retour réflexif sur ma thèse de doctorat en science politique, consacrée au rapport entretenu par des jeunes musulmans, enfants d’immigrés, à la citoyenneté. Il porte en particulier sur l’évolution du dispositif d’enquête comparatif, liée au défi de la traduction des catégories d’analyse. Cittadinanza/citoyenneté, tout comme nazionalità/nationalité, ne sont pas des termes complètement équivalents, ce qui n’a pas été sans effets sur l’accès et la réalisation des terrains. Ces aspects ont non seulement modifié la trajectoire de la recherche, devenue résolument plus ethnographique, mais ils ont été heuristiques pour la construction de l’objet lui-même. Le choix de ne plus considérer les termes clés comme des catégories analytiques mais comme des catégories indigènes sur lesquelles enquêter, a permis de se focaliser sur l’essor et les effets – notamment nationalisants et dépolitisants – d’un “parler citoyenneté'” au sein de deux associations dites « de jeunes musulmans », l’une en Italie et l’autre en France.

mots-clés : Citoyenneté, jeunes, islam, comparaison, France, Italie, association, ethnographie, traduction, nation.


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Réflexions comparatives autour du contrôle de la violence dans les affrontements rituels de Zitlala (Mexique) et de San Pedro de Macha (Bolivie)

À Zitlala au Mexique et à San Pedro de Macha en Bolivie se déroulent chaque année des combats rituels où les protagonistes s’affrontent à poings nus dans un échange de coups portés sans retenue. Ces rixes, loin d’être une singularité ethnographique, s’inscrivent dans un registre de pratiques physiques dont les autorités morales et politiques ont de tout temps tenté de contrôler et de limiter l’expression mais qui étaient largement répandues dans le monde avant le XXe siècle et le développement hégémonique du sport. Si les combats de Zitlala (xochimilcas) et de San Pedro de Macha (tinku) sont proches dans leurs principes (aires d’affrontement fluctuantes au sein d’une foule, absence de techniques pugilistiques, forte consommation d’alcool), leur déroulement en revanche diffère au sujet du contrôle de la violence entre les protagonistes : arbitrage collectif pour Zitlala, présence de forces de l’ordre pour San Pedro de Macha. Dans une perspective comparative, nous étudierons ici les différentes stratégies déployées par les acteurs sur les deux terrains pour éviter que la confrontation ne verse dans la bagarre générale, toujours affleurante.

mots-clés : comparaison, affrontement, autocontrôle, combat, jeu, rituel, sport, violence


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Vierges sacrées chinoises et dévotions mariales : Notre Dame de Chine de Paris

Nichée au cœur de la paroisse St Hyppolite du XIIIe arrondissement de Paris, Notre Dame de Chine fournit l’intrigue qui motive et oriente un parcours comparatif des images cultiques de la Vierge Mère qui circulent au sein du catholicisme chinois. Le paradoxe des Vierges à l’enfant alimente un double processus de symbiose syncrétique et de synthèse, dans les récits légendaires, les sites cultuels comme dans la statuaire des temples, entre la figure de Guanyin, la déesse mère à la fleur de lotus des dévotions bouddhistes, et la Madone à l’enfant des missions étrangères adoptée par les chrétiens chinois. Les glissements de sens et le fondu enchaîné des images cultiques masquent les métamorphoses de la « Dame blanche », vierge porteuse d’enfants, à bonne distance des déesses de la compassion Guanyin et Mazu qui sortent dans la rue, notamment lors des fêtes du Nouvel An chinois. La rencontre entre la dévotion mariale et la piété filiale de la messe des ancêtres, inscrite dans la liturgie de Notre Dame de Chine, en écho à l’ancienne querelle des rites, relève des bricolages d’un catholicisme « inculturé » qui entend s’affirmer comme une composante authentique de la religion chinoise.

mots-clés : comparaison, Catholicisme chinois, symbiose syncrétique, déesse des dévotions bouddhistes, métamorphoses de la vierge porteuse d’enfants, dramaturgie du nouvel an chinois.


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Comparer l’invisibilisation des techniques dans le travail de narration audiovisuelle d’un grand spectacle : un siècle de production filmique sur la Fête des Vignerons

Cet article propose de comprendre comment les travaux de captation, de médiation et de narration audiovisuelles participent à la construction de représentations audiovisuelles d’une performance scénique, la Fête des Vignerons de Vevey. L’article revient sur l’invisibilisation de ces activités dans les productions patrimoniales qui en résultent. Il s’appuie sur deux méthodes, l’observation ethnographique permettant de saisir le réseau sociotechnique complexe de la fabrique audiovisuelle et les moments-clés durant lesquels la narration du produit audiovisuel et l’invisibilisation des techniques de captation et de médiation sont co-construites, ainsi que la mise en comparaison d’images d’archives permettant de saisir en partie ce réseau sociotechnique et les re-mobilisations de sa narration audiovisuelle. Comment étudier les représentations visuelles d’une même célébration patrimoniale à travers plus d’un siècle ? Est-il possible de produire des connaissances en comparant les représentations audiovisuelles de cette célébration ? Comment, dans chacun de ces cas, se (re)construit la narration audiovisuelle et comment cette construction est rendue invisible dans les produits ensuite mis en circulation ? Qu’est-ce qu’une telle démarche peut nous apprendre des procédés de patrimonialisation à l’œuvre ?

mots-clés : comparaison, narration audiovisuelle, spectacle, analyse d’images, film, invisibilisation, Fête des vignerons, ethnographie, vidéo-ethnographie, réflexivité méthodologique, patrimonialisation


Numéro 41 – juin 2021 Ce que la comparaison fait à l’ethnographie

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