Caméra « embarquée » et dispositif de recherche multimodal pour une approche réflexive du care dans les cantines scolaires

Cet article s’appuie sur une approche ethnologique de la restauration scolaire en montrant la place d’un dispositif de recherche multimodal dans une approche qui interroge le care. Sur la base de l’étude d‘une cantine scolaire pour des enfants en classes élémentaires, le propos se focalise sur un dispositif méthodologique pluriel (observation, entretiens, caméra embarquée, captations sonores, dessins, photos, bande dessinée, restitution publique) pour interroger son apport et son potentiel à participer à une démarche de care au-delà de sa fonction documentaire et épistémique.

mots-clés : restauration scolaire, caméra embarquée, recherche multimodale, méthodes visuelles, care, anthropologie de l’enfance, alimentation.


Numéro 50 – juin 2026 Les promesses des infrastructures urbaines. Regards ethnographiquesEntre espoirs, craintes et indifférences

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Les fêtes de chantier du Grand Paris Express. Mise en scène des promesses métropolitaines

Cet article explore le rôle de l’art comme outil de communication et de médiation dans les projets d’infrastructures urbaines, à travers l’analyse du programme artistique mis en place pendant la phase de chantier du futur réseau de transport francilien du Grand Paris Express. Il s’intéresse à la manière dont ces interventions artistiques, et plus particulièrement les fêtes de chantier ouvertes aux publics, accompagnent le temps des travaux en rendant visible les promesses des transformations urbaines portées par l’infrastructure. Ces actions sont analysées ici comme des dispositifs de projection qui mettent en scène, de façon temporaire, une participation habitante à la fabrique de l’infrastructure, entendant notamment participer à son acceptabilité sociale. À partir d’une ethnographie de ces moments d’entre-deux du chantier, l’article montre comment ces évènements deviennent des espaces de projection du futur réseau, tout en soulignant que la participation des riverains et riveraines et des futurs usagers reste circonscrite à des espaces-temps de forte mise en scène de ces promesses infrastructurelles.

mots-clés : infrastructures, chantier, promesses urbaines, temporalités, performativité, urbanisme, anthropologie urbaine, ethnographie des infrastructures


Numéro 50 – juin 2026 Les promesses des infrastructures urbaines. Regards ethnographiquesEntre espoirs, craintes et indifférences

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Quand les promesses font le vide. L’aménagement de la ville par des infrastructures non réalisées

Certaines promesses infrastructurelles ne se réalisent jamais, mais agissent pourtant sur l’aménagement du territoire. À partir d’une enquête ethnographique de deux ans portant sur la plaine Montceleux à Sevran, l’article montre que les effets des infrastructures promises mais non réalisées ne se réduisent pas à un écart entre projet et réalisation. À travers l’assemblage de documents collectés au cours de l’enquête, l’article décrit trois modalités d’aménagement du « vide » urbain constitutif du lieu étudié : sa production dans le contexte d’après-guerre et d’urbanisation effrénée des terres agricoles franciliennes ; son maintien à la faveur d’une succession de projets avortés et inscrits dans une logique de marketing territorial ; enfin sa capacité à susciter des attachements auprès des riverains et riveraines et des acteurs et actrices concernés, et ainsi participer d’un renouveau de l’horizon politique et des capacités d’agir locales. À partir de cette étude de cas, nous élaborons la notion d’infrastructuration négative pour saisir la performativité des infrastructures fantômes et leurs modes d’aménagement spécifiques, qui configurent la ville par les contre-formes des projets abandonnés et les rémanences de leur mise en œuvre anticipée ou inaboutie.

mots-clés : attachements, infrastructures, promesses, projets, vide urbain


Numéro 50 – juin 2026 Les promesses des infrastructures urbaines. Regards ethnographiquesEntre espoirs, craintes et indifférences

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« C’est comme si on voulait comparer Lufthansa avec Alitalia ». Zarka, ou la violence des temporalités des infrastructures en Jordanie

L’article analyse les infrastructures dans la ville de Zarka, en Jordanie, à partir des promesses qu’elles portent et des inégalités qu’elles révèlent. À travers les récits de deux habitants, Yahya et Rachid, il met en lumière un développement urbain à plusieurs vitesses. Yahya, vivant dans la nouvelle Zarka, décrit un environnement moderne, doté d’infrastructures efficaces qui facilitent la mobilité, l’accès aux services et qui permettent de se projeter dans un avenir marqué par le progrès. À l’opposé, Rachid, chauffeur de taxi palestinien, montre des infrastructures dégradées, des réseaux défaillants et des conditions de vie précaires, marquées par l’improvisation et l’incertitude. Les métaphores qu’il emploie traduisent un présent figé, où les promesses de développement apparaissent suspendues ou trahies. Elles montrent des inégalités liées, d’une part, à des logiques de classe et d’origine. D’autre part, elles s’attachent au contexte régional marqué par les conflits en cours et les migrations forcées.

mots-clés : Zarka, infrastructures, marginalisations, promesses, hiérarchies sociales


Numéro 50 – juin 2026 Les promesses des infrastructures urbaines. Regards ethnographiquesEntre espoirs, craintes et indifférences

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Les promesses des coronapistes : de l’histoire contrariée du cyclisme urbain à sa réémergence à Lyon

Historiquement, la planification urbaine française a favorisé la « motonormativité », marginalisant le vélo en dépit d’avancées législatives. En 2020, la pandémie de Covid-19 a favorisé l’adoption de l’urbanisme tactique, notamment à Lyon où 77 km de « coronapistes » ont été aménagés en quelques mois. Ces aménagements éphémères, nés de la pandémie, révèlent comment les infrastructures, en tant qu’assemblages sociotechniques, portent des « scripts » qui orientent les usages et les rapports de pouvoir dans l’espace urbain. Leur succès questionne les promesses de la planification traditionnelle et interroge la performativité des infrastructures : les coronapistes ont non seulement accru la pratique cyclable, mais aussi redéfini les hiérarchies entre modes de transport, mettant en lumière les tensions entre promesses politiques, savoir-faire techniques et attentes des usagers. Leur pérennisation soulève des enjeux de gouvernance et de cohabitation, où la « violence infrastructurelle lente » et la renégociation des normes d’usage deviennent centrales dans la fabrique de la ville post-pandémie.

mots-clés : pistes cyclables, coronapistes, assemblages sociotechniques, urbanisme tactique, automobilité, mobilité urbaine, politique urbaine, circulation urbaine


Numéro 50 – juin 2026 Les promesses des infrastructures urbaines. Regards ethnographiquesEntre espoirs, craintes et indifférences

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Tomates, marijuana, sable et gravats : réseaux infrastructurels et promesses urbaines d’un chantier à Port-Vila, Vanuatu

Comme pour de nombreuses villes mélanésiennes, Port-Vila, capitale du Vanuatu, a suscité depuis la Seconde Guerre mondiale de nombreuses recherches autour des expériences urbaines souvent précaires de ses habitantes et habitants ni-Vanuatu. En revanche si les quartiers dits « informels » ont fait l’objet de recherches plus approfondies, les immeubles de béton et les chantiers normalisés et encadrés par les codes de constructions nationaux issus de savoirs technoscientifiques internationalisés sont restés dans l’ombre. À partir de l’ethnographie du chantier d’un petit immeuble de deux étages, construit dans l’hypercentre de la ville, l’article examine comment certains de ces chantiers peuvent être pour les travailleurs et leurs connaissances des lieux de négociation des relations entre espaces urbains et péri-urbains parfois très éloignés et mal desservis ainsi que des lieux de ressources dont les matériaux servent à pallier les défaillances d’autres systèmes infrastructurels tels que le réseau des routes entourant le chantier. Par le biais des multiples circulations des personnes comme des matériaux ou encore des produits végétaux qui sont cultivés dans ses interstices, le chantier est ainsi singulièrement connecté à un ensemble d’autres « lieux ». De cette manière, il fabrique la ville à la fois physiquement, socialement, et dans l’imaginaire de ceux qui y travaillent.

mots-clés : chantier, infrastructures urbaines, fragilités infrastructurelles, promesses urbaines, Port-Vila, Vanuatu


Numéro 50 – juin 2026 Les promesses des infrastructures urbaines. Regards ethnographiquesEntre espoirs, craintes et indifférences

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Faire tenir la ville : urbaniser le détritique

À partir d’une enquête ethnographique menée à Amiens, cet article analyse la gestion des déchets urbains comme un révélateur des transformations contemporaines de l’action publique et des formes ordinaires de production de l’ordre urbain. Il montre comment l’infrastructure détritique – dispositifs de tri, points d’apport volontaire, cartographies participatives ou programmes de sensibilisation – participe à la fois à l’organisation matérielle de la ville et à la production de hiérarchies sociales, territoriales et morales. L’analyse met en évidence plusieurs promesses portées par cette infrastructure : maintenir la continuité urbaine, pacifier l’espace public et responsabiliser les habitants. Mais ces promesses se heurtent aux usages ordinaires, aux contraintes matérielles et aux appropriations des dispositifs. L’article montre ainsi que les déchets ne constituent pas seulement un problème technique ou environnemental : ils participent à qualifier les espaces, les comportements et les formes légitimes de citoyenneté urbaine.

mots-clés : déchets urbains, infrastructures, inégalités sociales, participation, ethnographie


Numéro 50 – juin 2026 Les promesses des infrastructures urbaines. Regards ethnographiquesEntre espoirs, craintes et indifférences

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La ville dilatée : le temps habité des infrastructures dans un lotissement populaire de Rio de Janeiro

Cet article explore « le temps habité » des infrastructures dans un lotissement populaire situé dans la banlieue de Rio de Janeiro, tout en critiquant la thèse de la compression spatio-temporelle. Loin d’abolir l’espace ou d’uniformiser l’expérience du temps, l’article soutient que les infrastructures hiérarchisent les personnes, en produisant des espaces-temps différenciés. En s’appuyant sur une analyse historique des politiques urbaines, l’article montre que les grands chantiers et les règlements d’urbanisme aux XIXe et XXe siècles ont intentionnellement relégué les Noirs et les pauvres dans des zones de frontière, perçues comme « arriérées », par opposition aux quartiers modernes des élites blanches. Sur la base d’une longue enquête ethnographique, il analyse ensuite comment les habitants du Jardim Maravilha vivent cette situation de frontière, entre l’attente du « progrès » et le goût de la « tranquillité ». L’article souligne donc une dilatation plutôt qu’une compression de l’espace-temps. En conclusion, il propose une lecture hétérochronique de la modernité, où les infrastructures creusent des écarts temporels et sociaux, façonnant des mondes vécus à des rythmes divergents.

mots-clés : compression spatio-temporelle, ontogenèse, habitat précaire, infrastructures, racialisation, urbanisation différée


Numéro 50 – juin 2026 Les promesses des infrastructures urbaines. Regards ethnographiquesEntre espoirs, craintes et indifférences

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Les promesses de la végétalisation participative en quartier populaire : ethno-photographie d’un site de logements sociaux à Bruxelles

Dans un quartier populaire de Bruxelles, le concierge d’un site de logements sociaux menacé de destruction imagine des « opérations plantations » pour améliorer le quotidien des locataires. Ces moments participatifs engagent une végétalisation localisée de l’espace, soutenue par la régie foncière des bâtiments et mobilisant le tissu associatif du quartier, tout en s’insérant dans une logique plus large de production d’« infrastructures vertes » urbaines. En contribuant à l’écologisation de la ville, ces événements produisent un certain nombre de tensions, notamment liées à la diversité des promesses qu’ils portent. Au travers d’une enquête de terrain ethno-photographique, cet article cherche à les comprendre en montrant la manière dont les promesses du projet s’articulent parfois difficilement avec les enjeux locaux.

mots-clés : infrastructures vertes, quartiers populaires, végétalisation, écologisation, condition écologique, ethno-photographie


Numéro 50 – juin 2026 Les promesses des infrastructures urbaines. Regards ethnographiquesEntre espoirs, craintes et indifférences

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Les promesses des infrastructures urbaines. Regards ethnographiques

Cette introduction présente le premier numéro thématique consacré aux promesses des infrastructures urbaines dans une perspective ethnographique. Les infrastructures sont conçues comme des objets profondément sociaux, politiques et historiques qui façonnent les villes, les rapports de pouvoir et les formes de citoyenneté. Le concept central que ces numéros, en particulier celui-ci, est celui de « promesse », celle des infrastructures. Ces promesses influencent les décisions politiques, les projets urbains et les attentes des habitants, avant même que les infrastructures soient construites. Celles-ci possèdent ainsi un pouvoir performatif : elles organisent les comportements, les discours et les imaginaires, même lorsqu’elles ne se concrétisent pas. Toutefois, ces promesses suscitent des réactions diverses : espoir, attente, crainte, contestation ou indifférence. Elles se déploient ainsi dans le temps des villes, en créant une tension affective chez les citadins, et des questionnements de recherche pour les quotidiennes des habitants.

mots-clés : anthropologie urbaine, infrastructures urbaines, promesse, dispositif sociotechnique, urbanité, performativité, citoyenneté


Numéro 50 – juin 2026 Les promesses des infrastructures urbaines. Regards ethnographiquesEntre espoirs, craintes et indifférences

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Mémoires des lieux, histoires trouvées. Jean-Christophe Monferran (1961-2025) et ses films

Dans ce texte, Gaetano Ciarcia rend hommage à Jean-Christophe Monferran qui fut son compagnon de tournages lors de plusieurs missions au Bénin, en Guadeloupe, à Bordeaux et à Nantes. Décédé soudainement en 2025, Jean-Christophe Monferran a réalisé des films où se manifestaient avec force son approche très communicative et sa compréhension fine des situations à documenter. Il participa aussi au projet de l’Encyclopédie Bérose des histoires de l’anthropologie et fut, comme membre du Comité de direction d’Ethnographiques.org, un acteur essentiel pour le développement de notre revue.

mots-clés : hommage, anthropologie visuelle, Ethnographiques.org, Bérose


Numéro 50 – juin 2026 Les promesses des infrastructures urbaines. Regards ethnographiquesEntre espoirs, craintes et indifférences

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Considérer dans le travail anthropologique. La métaphore cinématographique, un procédé littéraire pour créer de l’attention

Cet article s’intéresse à la façon dont l’enquête de terrain et le texte ethnographique peuvent être restitués et interrogés par un procédé littéraire précis : la métaphore cinématographique. Figure littéraire d’une anthropologie de situations que j’ai menée lors de mon doctorat, elle fait revenir le cinéma en puissance dans le texte scientifique, décrit des gestes et la place d’une caméra imaginaire que je “tiendrais” sur mon terrain. Par ce décalage et son surgissement au sein du texte, elle développe une potentialité : celle de considérer autrement les données de terrain, de les restituer en tenant compte de ma place, mon regard et mes émotions. De plus, elle donne à comprendre ce que vivent mes interlocuteurs et interlocutrices au village, alors que ce groupe de voisins et voisines traversent les épreuves du grand âge. L’article cherche à démontrer la pertinence de la métaphore cinématographique et la manière dont elle dont elle est restituée aux lecteurs et lectrices, en revenant sur trois situations ethnographiées de terrain, narrées avec cette métaphore, afin de comprendre en quoi le texte scientifique doit rendre compte d’un regard pour créer une nouvelle attention aux interlocuteurs et interlocutrices de l’enquête.

mots-clés : situations, interaction sociale, personnes âgées, grand âge, vieillesses, cinéma, procédé littéraire, métaphore, mise en scène de la vie quotidienne, anthropologie de l’ordinaire


Numéro 49 – décembre 2025 Regarder le soin, soigner le regard : vers une anthropologie réflexive du care

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« Elle veut nous montrer comme t’es belle ». Choisir ses images dans une démarche de soin

Cet article prend comme point de départ un film de famille que l’auteure a réalisé dans le cadre d’une recherche ethnographique conçue pour rendre visible et honorer la vie de sa grand-tante. Les domaines de l’anthropologie visuelle, de la sociologie des classes et de l’anthropologie du grand âge sont mobilisés pour penser une relation familiale et ethnographique explorée dans le film « Le jeu entre nous ». Le projet, tout comme le film qui l’accompagne, ont soulevé de nombreuses questions liées aux politiques de la représentation en anthropologie. L’auteure s’est rapidement heurtée à des réticences et des stratégies de détournement de la part de cette tante, l’obligeant à repenser en situation la mise en pratique d’une éthique de care, depuis le choix du sujet aux interprétations induites par les prises de vue et le montage, de même qu’à la restitution du travail auprès de l’intéressée. L’article interroge l’espace de visibilité et de valorisation créé par ce dispositif audiovisuel, tout en discutant les enjeux de classes que ce dispositif a révélé entre une chercheuse réalisatrice en fin d’études universitaires et sa principale protagoniste, ancienne ouvrière âgée de plus de 90 ans. Des enjeux qui ont nécessité d’adapter les outils de la recherche afin de proposer un contenu en meilleure adéquation avec la volonté de la personne qu’elle était censée honorer.

mots-clés : vieillesses, femmes, ruralité, classe sociale, récit de soi, film ethnographique, processus collaboratif, care, espace de visibilité


Numéro 49 – décembre 2025 Regarder le soin, soigner le regard : vers une anthropologie réflexive du care

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Quand le sort d’une ancienne piscine municipale devient une affaire de femmes : documenter à plusieurs mains une prise de responsabilité

Dans cet article, je m’intéresse à la rénovation d’une ancienne piscine municipale située dans un quartier populaire de Grenoble. Depuis 2021, un groupe d’habitantes du quartier copilote avec les services municipaux la réparation du bâtiment tout en documentant le projet d’une manière singulière. Ce travail documentaire contribue à la communication institutionnelle du projet, mais veille surtout à renouer en douceur les liens distendus entre un bâtiment qui se transforme et les habitants et habitantes concernés par sa remise en usage. J’aborderai ce soin du récit et du regard en revenant sur la manière dont je l’observe et dont j’y contribue en tant que sociologue. Comment l’écriture ethnographique se fait-elle accepter au sein d’un collectif qui documente déjà ses pratiques ? En quoi peut-elle participer à l’éthique de soin qui motive et qui guide cette documentation ? Comment peut-elle décrire ce qu’a contrario les femmes du collectif ne relatent pas, à savoir l’ampleur et l’ambivalence des responsabilités qu’elles endossent bénévolement pour mener le projet à terme ?

mots-clés : rénovation urbaine, care, soin des choses, travail des images, équipements collectifs, aménagement du territoire


Numéro 49 – décembre 2025 Regarder le soin, soigner le regard : vers une anthropologie réflexive du care

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Déplacer le regard, une éthique de l’attention. Retour sur la recherche-création Nos gestes, nos soins

L’article propose un retour analytique sur le projet Nos gestes, nos soins, une recherche-création menée par un collectif réunissant patients et patientes, artistes, chercheurs et chercheuses et soignants et soignantes autour des gestes d’autosoins liés à la maladie chronique ou au handicap. Initialement conçu pour rendre visibles des savoirs expérientiels souvent invisibilisés, le projet s’est déplacé vers une approche relationnelle du soin, où le soin devient une modalité du travail collectif lui-même.

Chercher à montrer ces gestes fait surgir une série de risques : esthétisation, décontextualisation, trahison du vécu. C’est depuis cette tension que le dispositif s’est construit, mobilisant la danse et le cinéma documentaire comme médiums, et la co-présence réflexive comme modalité de recherche, pour mettre en œuvre une éthique de l’attention incarnée. Loin de figer le soin en objet de savoir, le projet a ouvert un espace de perception partagée, questionnant le regard analytique et explorant la possibilité d’un soin par – et dans– le geste filmé. Le soin n’y est plus ce que l’on montre, mais ce que l’on tisse ensemble, en prêtant attention aux autres et à soi-même autrement.

mots-clés : savoirs expérientiels, autosoins, danse, éthique de l’attention, care, recherche-création, films documentaires, comportement d’aide


Numéro 49 – décembre 2025 Regarder le soin, soigner le regard : vers une anthropologie réflexive du care

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Le film fait maison : quand la production documentaire devient un lieu de care

Cet article explore le projet Le film fait maison, dans lequel des personnes ayant vécu ou vivant des situations de précarité résidentielle réalisent leurs propres courts-métrages documentaires sur ce que la maison signifie pour elles. En confiant la caméra aux participants et participantes, le projet vise à décentrer la production du savoir sur le sans-abrisme et à interroger les représentations victimisantes qui dominent l’espace public. L’article met en lumière les frictions qui traversent le processus collaboratif : entre désir de montrer et nécessité de se protéger, entre attentes de recherche et contraintes du vécu, entre idéal d’une pleine participation et asymétries persistantes. Il montre comment ces tensions deviennent des espaces de savoir et de soin, révélant la manière dont la création partagée peut devenir une éthique pratique du care – soin de soi, soin des autres et soin du récit collectif. À travers l’analyse du processus de réalisation de trois films (à lundi, Le Banc, Illégal), l’article montre comment les protagonistes s’approprient la caméra pour rendre visibles leurs expériences, négocier leur visibilité et transformer leur vulnérabilité en prise de parole politique.

mots-clés : sans-abrisme, care, savoirs situés, recherche-création, cinéma documentaire, épistémologie


Numéro 49 – décembre 2025 Regarder le soin, soigner le regard : vers une anthropologie réflexive du care

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Voir et faire voir le care : une ethnographie visuelle du maraîchage agroécologique

À partir d’une ethnographie menée au sein de la ferme coopérative Planto ergo sum (Belgique), cet article analyse le care maraîcher comme une pratique agroécologique fondée sur l’attention au vivant et l’ajustement des gestes aux situations concrètes. Le regard y joue un rôle central : voir, c’est prendre soin, en interprétant les signes du vivant et en ajustant les gestes aux besoins des plantes et des sols. L’observation participante et le tour du champ apparaissent comme des moments clés d’apprentissage d’un regard qualifié. Enfin, l’usage de dispositifs visuels – film ethnographique, caméra time lapse, caméra de chasse, dessin – prolonge cette éducation du regard en rendant visibles les dimensions souvent invisibles du travail maraîcher et en ouvrant la dynamique du “faire voir” à un public extérieur.

mots-clés : maraîchage agroécologique, care, relations humains-non-humains, ethnographie visuelle, caméra time lapse, cultures maraîchères, écologie agricole, anthropologie visuelle, écologie humaine, transition écologique, prise de décision, webdocumentaire


Numéro 49 – décembre 2025 Regarder le soin, soigner le regard : vers une anthropologie réflexive du care

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Façons de voir, façons de soigner : vers une anthropologie visuelle du care

S’appuyant sur un dialogue de longue date entre ses auteurs et d’autres membres du collectif « Images of Care Collective », cet article explore plusieurs questions liées : pourquoi réfléchir à une anthropologie visuelle du soin, et pourquoi s’intéresser au visuel dans le champ de l’anthropologie du care ? Existe-t-il des visualités cachées qui façonnent cette sous-discipline ? Que « gagnons-nous », sur le plan éthique et épistémologique, à réfléchir de manière plus critique aux pratiques et aux significations mobilisées en anthropologie visuelle sous la bannière des « soins » ? Pour explorer ces questions et bien d’autres, nous soutenons qu’il faut commencer par examiner un certain nombre de préconceptions qui ont jusqu’à présent entravé une collaboration plus soutenue entre les sous-disciplines de l’anthropologie visuelle (et sensorielle) d’une part, et l’anthropologie du care d’autre part. À partir d’exemples concrets, nous réfutons d’abord l’idée que l’anthropologie visuelle traite nécessairement (et exclusivement) d’artefacts visuels, avant d’aborder l’association courante – mais tout aussi problématique – entre « soin » et « bienveillance » ; nombreux sont les exemples historiques et contemporains de « soins violents ». Finalement, nous appelons à une anthropologie visuelle des soins, cette dernière étant comprise non pas comme une nouvelle sous-discipline isolée, mais plutôt comme un modèle d’attention analytique et sensible qui tient compte des multiples façons dont le care et la culture visuelle se croisent – dans la vie quotidienne et dans la recherche anthropologique, au-delà des divisions établies du travail universitaire.

mots-clés : image, sens, regard, attention sensorielle, soins, anthropologie, ethnographie


Numéro 49 – décembre 2025 Regarder le soin, soigner le regard : vers une anthropologie réflexive du care

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Faire attention : l’anthropologie visuelle au prisme du care

Dans cette introduction au dossier thématique « Regarder le soin, soigner le regard : vers une anthropologie réflexive du care », nous explorons quelques-unes des connivences et des tensions qui caractérisent la relation entre images et pratiques de soin en anthropologie. D’un côté, nous mettons en évidence les enseignements que l’anthropologie visuelle peut tirer de l’anthropologie du care, en portant une attention particulière aux rapports de pouvoir qui sous-tendent l'(in)visibilité des pratiques de soin. D’un autre côté, et à la lumière des articles du dossier, nous nous demandons si et comment l’usage réflexif des images en anthropologie permet de nourrir, renforcer, voire, constituer un acte de soin. Sous quelles conditions la richesse polysémique des images anthropologiques peut-elle être mobilisée pour, dans les mots des penseuses du care Berenice Fisher et Joan Tronto, « maintenir, perpétuer et réparer notre “monde” » ?

mots-clés : anthropologie visuelle, anthropologie multimodale, cadrage, care, images, regard, réflexivité, soins


Numéro 49 – décembre 2025 Regarder le soin, soigner le regard : vers une anthropologie réflexive du care

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« Je considère qu’elle n’est pas dans le besoin ». Hiérarchiser les situations des mères précaires dans l’aide alimentaire d’urgence

À partir d’une enquête menée au sein d’une association qui distribue des colis d’urgence aux mères précaires et à leurs enfants, cet article interroge comment une organisation hiérarchise les demandes d’aide d’urgence qui lui sont adressées. En effet, comme les membres de Petits pots solidaires sont dans l’impossibilité d’aider toutes les personnes qui en expriment le besoin, la structure détermine ses publics « prioritaires ». Ainsi, bien qu’initialement fondée sur le principe d’un accueil inconditionnel, Petits pots solidaires a dû définir des critères et des procédures pour traiter les demandeuses et leurs enfants. Or, cette évolution hiérarchise l’urgence des situations et distingue les bénéficiaires aux attitudes jugées adéquates de celles qui ne sont pas estimées conformes aux normes du « bon » comportement attendu. En revenant sur ces logiques et leurs dynamiques, l’article informe ainsi, à partir d’une situation singulière, la manière dont s’évaluent les situations d’urgence.

mots-clés : aide humanitaire, aide sanitaire, vulnérabilité, maternité, jugement moral, choix éthique, prise de décision


Numéro 48 – juin 2025 Espaces, temporalités, contextes sociaux des jeux d’argent

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« Je considère qu’elle n’est pas dans le besoin ». Hiérarchiser les situations des mères précaires dans l’aide alimentaire d’urgence

À partir d’une enquête menée au sein d’une association qui distribue des colis d’urgence aux mères précaires et à leurs enfants, cet article interroge comment une organisation hiérarchise les demandes d’aide d’urgence qui lui sont adressées. En effet, comme les membres de Petits pots solidaires sont dans l’impossibilité d’aider toutes les personnes qui en expriment le besoin, la structure détermine ses publics « prioritaires ». Ainsi, bien qu’initialement fondée sur le principe d’un accueil inconditionnel, Petits pots solidaires a dû définir des critères et des procédures pour traiter les demandeuses et leurs enfants. Or, cette évolution hiérarchise l’urgence des situations et distingue les bénéficiaires aux attitudes jugées adéquates de celles qui ne sont pas estimées conformes aux normes du « bon » comportement attendu. En revenant sur ces logiques et leurs dynamiques, l’article informe ainsi, à partir d’une situation singulière, la manière dont s’évaluent les situations d’urgence.

mots-clés : aide humanitaire, aide sanitaire, vulnérabilité, maternité, jugement moral, choix éthique, prise de décision


Numéro 48 – juin 2025 Espaces, temporalités, contextes sociaux des jeux d’argent

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Liderança ou cacique : figures d’autorité et dynamiques de pouvoir dans la région de Belo Monte (Amazonie brésilienne)

La construction de l’usine hydroélectrique de Belo Monte en Amazonie brésilienne a provoqué un désastre social et environnemental dès 2017. Après avoir situé cette infrastructure dans l’histoire régionale récente, présenté les contraintes posées aux populations pour accéder aux programmes de compensation et décrit les effets concrets de la mise en service du barrage, l’article s’intéresse au décalage entre les représentations militantes urbaines et les représentations locales rurales de la « résistance ». La situation ethnographique sur laquelle s’appuie la réflexion est une île située à deux heures et demi de bateau de la ville d’Altamira où vit une femme non indigène reconnue par les « mouvements sociaux » urbains comme une liderança, c’est-à-dire comme quelqu’un qui s’efforce inlassablement de tisser du collectif et travaille au bien commun. Toutefois, dona Dulce définit aussi sa position à l’aide d’un tout autre terme – celui de cacique –, en insistant sur la dimension hiérarchique qu’il suppose vis-à-vis de ceux qu’elle affirme représenter. Son usage de ce vocable semble prendre acte d’une communauté de destin qu’elle estime partager avec certains de ses voisins : des indiens dits desaldeados qui, vivant hors des Terres indigènes, ne bénéficient pas plus qu’elle de mesures de compensation mises en place par l’entreprise gérant le barrage. Mais il puise aussi au modèle non indigène du cacique en tant que patron dont les ordres sont censés être suivis par des dépendants. Cette situation met ainsi en évidence les multiples références des terminologies de l’autorité ainsi que les glissements et superpositions qui passent le plus souvent inaperçus. Elle incite en outre à avancer que la perception des inégalités territoriales dans le déploiement des programmes de compensation contribue à la persistance des préjugés envers les indiens des Terres indigènes et à l’adhésion aux thèses de l’extrême droite, ce qui se traduit parfois par le basculement de l’univers de la liderança à celui du cacique.

mots-clés : Amazonie, Belo Monte, inégalités territoriales, mobilisations sociales, représentation politique


Numéro 48 – juin 2025 Espaces, temporalités, contextes sociaux des jeux d’argent

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Une mobilisation contre le jeu d’argent au tournant du XXIe siècle. Anciens problèmes moraux, nouvelles critiques ?

Dans le contexte d’une forte croissance mondiale des formes commercialisées des jeux d’argent, largement considérées aujourd’hui comme l’un des secteurs légitimes de l’industrie du divertissement, diverses formes d’opposition ont émergé au milieu des années 1990, un peu partout aux États-Unis et au Canada. Elles ont le plus souvent pris la forme de coalitions peu organisées et sporadiques qui n’ont pas réussi à construire un mouvement social à large échelle. Mon étude a portée sur l’une de ces coalitions, observée dans la région de Vancouver, au Canada, sous la forme d’une étude de cas approfondie à partir d’une série de controverses qui ont éclaté en 1994 autour de la construction d’un grand casino sur le front de mer, et qui se sont succédé sur une dizaine d’années. Une ethnographie des mobilisations, articulée au cadrage théorique de la construction sociale des problèmes publics, met en évidence la composition sociale du mouvement ainsi que les conditions qui ont poussé certains acteurs à s’engager dans une forme d’action collective considérée comme perdue d’avance, rétrograde et parfois assimilée par ses détracteurs aux anciens mouvements conservateurs de réforme morale. L’article examine de quelle manière se recompose, en dépit des efforts militants, un balancement entre des registres de moralisation, “démoralisation” et “remoralisation” du jeu d’argent, en articulation avec le recours à un registre d’expertise. Contrairement à ce à quoi l’on aurait pu s’attendre en raison de la prégnance actuelle de la notion, plus que la dénonciation de l’addiction, ce sont des questions de la légitimité de l’économie du jeu d’argent, de l’utilité sociale de ses revenus et de l’affectation de la somme que les pouvoirs publics prélèvent sur les revenus du jeu qui ont été placées au cœur de la critique de jeux d’argent.

mots-clés : jeu, mouvement anti-jeu, casino, Vancouver, Canada, problèmes publics, expertise, mouvement de réforme morale, anthropologie politique


Numéro 48 – juin 2025 Espaces, temporalités, contextes sociaux des jeux d’argent

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Réflexions sur une vie de paris

J’évoque ici mes premiers paris hippiques lorsque j’étais adolescent, puis étudiant à l’université de Cambridge, pour lesquels je me basais sur des techniques statistiques. Cette expérience de l’économie de marché en tant qu’acteur prenant des risques a influencé mon approche de l’anthropologie économique, à la fois dans mon travail de terrain au Ghana et dans mes explorations ultérieures de l’argent. Je passe ensuite en revue une partie de la littérature sur les paris dans les marchés financiers, en établissant une distinction entre ceux qui gagnent de l’argent et ceux qui se contentent de le prendre comme il vient. Je conclus par quelques observations sur l’argent en tant que religion du capitalisme, et sur mon approche de l’étude de ce que je nomme « l’économie humaine ».

mots-clés : paris, anthropologie économique, monnaie, finance, capitalisme, religion


Numéro 48 – juin 2025 Espaces, temporalités, contextes sociaux des jeux d’argent

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« Presque tout le monde le fait… ». Jouer et parier sur l’avenir dans l’ouest du Kenya

Cet article traite de la façon dont les Kenyans de l’Ouest planifient leur devenir de manière contrastée en examinant trois pratiques de jeu différentes, observées dans un groupe domestique patrilinéaire. Alors que la participation à la loterie nationale implique une compréhension du futur tel qu’il est organisé par d’autres acteurs et, en principe, projetable, on observe ici la pratique consistant à placer régulièrement des paris à faible risque sur des matchs de football comme une conséquence de l’impossibilité de planifier son avenir à long terme. Puis, est décrite une troisième conceptualisation, en examinant de près un système de paris que l’un des interlocuteurs de l’enquête avait mis au point pour toucher un jackpot hebdomadaire. Le système qu’il a conçu suppose que l’avenir se développe à partir du présent selon des modalités qui, bien que très difficiles à saisir, sont définies justement par ce présent. L’article conclut en distinguant trois façons dont les jeux d’argent appréhendent l’avenir : en renonçant à sa certitude, et en essayant de l’améliorer et l’inventer.

mots-clés : pari, futur, jeux de hasard, argent, exclusion socio-économique, Kenya


Numéro 48 – juin 2025 Espaces, temporalités, contextes sociaux des jeux d’argent

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