Considérer dans le travail anthropologique. La métaphore cinématographique, un procédé littéraire pour créer de l’attention

Cet article s’intéresse à la façon dont l’enquête de terrain et le texte ethnographique peuvent être restitués et interrogés par un procédé littéraire précis : la métaphore cinématographique. Figure littéraire d’une anthropologie de situations que j’ai menée lors de mon doctorat, elle fait revenir le cinéma en puissance dans le texte scientifique, décrit des gestes et la place d’une caméra imaginaire que je “tiendrais” sur mon terrain. Par ce décalage et son surgissement au sein du texte, elle développe une potentialité : celle de considérer autrement les données de terrain, de les restituer en tenant compte de ma place, mon regard et mes émotions. De plus, elle donne à comprendre ce que vivent mes interlocuteurs et interlocutrices au village, alors que ce groupe de voisins et voisines traversent les épreuves du grand âge. L’article cherche à démontrer la pertinence de la métaphore cinématographique et la manière dont elle dont elle est restituée aux lecteurs et lectrices, en revenant sur trois situations ethnographiées de terrain, narrées avec cette métaphore, afin de comprendre en quoi le texte scientifique doit rendre compte d’un regard pour créer une nouvelle attention aux interlocuteurs et interlocutrices de l’enquête.

mots-clés : situations, interaction sociale, personnes âgées, grand âge, vieillesses, cinéma, procédé littéraire, métaphore, mise en scène de la vie quotidienne, anthropologie de l’ordinaire


Numéro 49 – décembre 2025 Regarder le soin, soigner le regard : vers une anthropologie réflexive du care

/

« Elle veut nous montrer comme t’es belle ». Choisir ses images dans une démarche de soin

Cet article prend comme point de départ un film de famille que l’auteure a réalisé dans le cadre d’une recherche ethnographique conçue pour rendre visible et honorer la vie de sa grand-tante. Les domaines de l’anthropologie visuelle, de la sociologie des classes et de l’anthropologie du grand âge sont mobilisés pour penser une relation familiale et ethnographique explorée dans le film « Le jeu entre nous ». Le projet, tout comme le film qui l’accompagne, ont soulevé de nombreuses questions liées aux politiques de la représentation en anthropologie. L’auteure s’est rapidement heurtée à des réticences et des stratégies de détournement de la part de cette tante, l’obligeant à repenser en situation la mise en pratique d’une éthique de care, depuis le choix du sujet aux interprétations induites par les prises de vue et le montage, de même qu’à la restitution du travail auprès de l’intéressée. L’article interroge l’espace de visibilité et de valorisation créé par ce dispositif audiovisuel, tout en discutant les enjeux de classes que ce dispositif a révélé entre une chercheuse réalisatrice en fin d’études universitaires et sa principale protagoniste, ancienne ouvrière âgée de plus de 90 ans. Des enjeux qui ont nécessité d’adapter les outils de la recherche afin de proposer un contenu en meilleure adéquation avec la volonté de la personne qu’elle était censée honorer.

mots-clés : vieillesses, femmes, ruralité, classe sociale, récit de soi, film ethnographique, processus collaboratif, care, espace de visibilité


Numéro 49 – décembre 2025 Regarder le soin, soigner le regard : vers une anthropologie réflexive du care

/

Quand le sort d’une ancienne piscine municipale devient une affaire de femmes : documenter à plusieurs mains une prise de responsabilité

Dans cet article, je m’intéresse à la rénovation d’une ancienne piscine municipale située dans un quartier populaire de Grenoble. Depuis 2021, un groupe d’habitantes du quartier copilote avec les services municipaux la réparation du bâtiment tout en documentant le projet d’une manière singulière. Ce travail documentaire contribue à la communication institutionnelle du projet, mais veille surtout à renouer en douceur les liens distendus entre un bâtiment qui se transforme et les habitants et habitantes concernés par sa remise en usage. J’aborderai ce soin du récit et du regard en revenant sur la manière dont je l’observe et dont j’y contribue en tant que sociologue. Comment l’écriture ethnographique se fait-elle accepter au sein d’un collectif qui documente déjà ses pratiques ? En quoi peut-elle participer à l’éthique de soin qui motive et qui guide cette documentation ? Comment peut-elle décrire ce qu’a contrario les femmes du collectif ne relatent pas, à savoir l’ampleur et l’ambivalence des responsabilités qu’elles endossent bénévolement pour mener le projet à terme ?

mots-clés : rénovation urbaine, care, soin des choses, travail des images, équipements collectifs, aménagement du territoire


Numéro 49 – décembre 2025 Regarder le soin, soigner le regard : vers une anthropologie réflexive du care

/

Déplacer le regard, une éthique de l’attention. Retour sur la recherche-création Nos gestes, nos soins

L’article propose un retour analytique sur le projet Nos gestes, nos soins, une recherche-création menée par un collectif réunissant patients et patientes, artistes, chercheurs et chercheuses et soignants et soignantes autour des gestes d’autosoins liés à la maladie chronique ou au handicap. Initialement conçu pour rendre visibles des savoirs expérientiels souvent invisibilisés, le projet s’est déplacé vers une approche relationnelle du soin, où le soin devient une modalité du travail collectif lui-même.

Chercher à montrer ces gestes fait surgir une série de risques : esthétisation, décontextualisation, trahison du vécu. C’est depuis cette tension que le dispositif s’est construit, mobilisant la danse et le cinéma documentaire comme médiums, et la co-présence réflexive comme modalité de recherche, pour mettre en œuvre une éthique de l’attention incarnée. Loin de figer le soin en objet de savoir, le projet a ouvert un espace de perception partagée, questionnant le regard analytique et explorant la possibilité d’un soin par – et dans– le geste filmé. Le soin n’y est plus ce que l’on montre, mais ce que l’on tisse ensemble, en prêtant attention aux autres et à soi-même autrement.

mots-clés : savoirs expérientiels, autosoins, danse, éthique de l’attention, care, recherche-création, films documentaires, comportement d’aide


Numéro 49 – décembre 2025 Regarder le soin, soigner le regard : vers une anthropologie réflexive du care

/

Le film fait maison : quand la production documentaire devient un lieu de care

Cet article explore le projet Le film fait maison, dans lequel des personnes ayant vécu ou vivant des situations de précarité résidentielle réalisent leurs propres courts-métrages documentaires sur ce que la maison signifie pour elles. En confiant la caméra aux participants et participantes, le projet vise à décentrer la production du savoir sur le sans-abrisme et à interroger les représentations victimisantes qui dominent l’espace public. L’article met en lumière les frictions qui traversent le processus collaboratif : entre désir de montrer et nécessité de se protéger, entre attentes de recherche et contraintes du vécu, entre idéal d’une pleine participation et asymétries persistantes. Il montre comment ces tensions deviennent des espaces de savoir et de soin, révélant la manière dont la création partagée peut devenir une éthique pratique du care – soin de soi, soin des autres et soin du récit collectif. À travers l’analyse du processus de réalisation de trois films (à lundi, Le Banc, Illégal), l’article montre comment les protagonistes s’approprient la caméra pour rendre visibles leurs expériences, négocier leur visibilité et transformer leur vulnérabilité en prise de parole politique.

mots-clés : sans-abrisme, care, savoirs situés, recherche-création, cinéma documentaire, épistémologie


Numéro 49 – décembre 2025 Regarder le soin, soigner le regard : vers une anthropologie réflexive du care

/

Voir et faire voir le care : une ethnographie visuelle du maraîchage agroécologique

À partir d’une ethnographie menée au sein de la ferme coopérative Planto ergo sum (Belgique), cet article analyse le care maraîcher comme une pratique agroécologique fondée sur l’attention au vivant et l’ajustement des gestes aux situations concrètes. Le regard y joue un rôle central : voir, c’est prendre soin, en interprétant les signes du vivant et en ajustant les gestes aux besoins des plantes et des sols. L’observation participante et le tour du champ apparaissent comme des moments clés d’apprentissage d’un regard qualifié. Enfin, l’usage de dispositifs visuels – film ethnographique, caméra time lapse, caméra de chasse, dessin – prolonge cette éducation du regard en rendant visibles les dimensions souvent invisibles du travail maraîcher et en ouvrant la dynamique du “faire voir” à un public extérieur.

mots-clés : maraîchage agroécologique, care, relations humains-non-humains, ethnographie visuelle, caméra time lapse, cultures maraîchères, écologie agricole, anthropologie visuelle, écologie humaine, transition écologique, prise de décision, webdocumentaire


Numéro 49 – décembre 2025 Regarder le soin, soigner le regard : vers une anthropologie réflexive du care

/

Façons de voir, façons de soigner : vers une anthropologie visuelle du care

S’appuyant sur un dialogue de longue date entre ses auteurs et d’autres membres du collectif « Images of Care Collective », cet article explore plusieurs questions liées : pourquoi réfléchir à une anthropologie visuelle du soin, et pourquoi s’intéresser au visuel dans le champ de l’anthropologie du care ? Existe-t-il des visualités cachées qui façonnent cette sous-discipline ? Que « gagnons-nous », sur le plan éthique et épistémologique, à réfléchir de manière plus critique aux pratiques et aux significations mobilisées en anthropologie visuelle sous la bannière des « soins » ? Pour explorer ces questions et bien d’autres, nous soutenons qu’il faut commencer par examiner un certain nombre de préconceptions qui ont jusqu’à présent entravé une collaboration plus soutenue entre les sous-disciplines de l’anthropologie visuelle (et sensorielle) d’une part, et l’anthropologie du care d’autre part. À partir d’exemples concrets, nous réfutons d’abord l’idée que l’anthropologie visuelle traite nécessairement (et exclusivement) d’artefacts visuels, avant d’aborder l’association courante – mais tout aussi problématique – entre « soin » et « bienveillance » ; nombreux sont les exemples historiques et contemporains de « soins violents ». Finalement, nous appelons à une anthropologie visuelle des soins, cette dernière étant comprise non pas comme une nouvelle sous-discipline isolée, mais plutôt comme un modèle d’attention analytique et sensible qui tient compte des multiples façons dont le care et la culture visuelle se croisent – dans la vie quotidienne et dans la recherche anthropologique, au-delà des divisions établies du travail universitaire.

mots-clés : image, sens, regard, attention sensorielle, soins, anthropologie, ethnographie


Numéro 49 – décembre 2025 Regarder le soin, soigner le regard : vers une anthropologie réflexive du care

/

Faire attention : l’anthropologie visuelle au prisme du care

Dans cette introduction au dossier thématique « Regarder le soin, soigner le regard : vers une anthropologie réflexive du care », nous explorons quelques-unes des connivences et des tensions qui caractérisent la relation entre images et pratiques de soin en anthropologie. D’un côté, nous mettons en évidence les enseignements que l’anthropologie visuelle peut tirer de l’anthropologie du care, en portant une attention particulière aux rapports de pouvoir qui sous-tendent l'(in)visibilité des pratiques de soin. D’un autre côté, et à la lumière des articles du dossier, nous nous demandons si et comment l’usage réflexif des images en anthropologie permet de nourrir, renforcer, voire, constituer un acte de soin. Sous quelles conditions la richesse polysémique des images anthropologiques peut-elle être mobilisée pour, dans les mots des penseuses du care Berenice Fisher et Joan Tronto, « maintenir, perpétuer et réparer notre “monde” » ?

mots-clés : anthropologie visuelle, anthropologie multimodale, cadrage, care, images, regard, réflexivité, soins


Numéro 49 – décembre 2025 Regarder le soin, soigner le regard : vers une anthropologie réflexive du care

/

« Je considère qu’elle n’est pas dans le besoin ». Hiérarchiser les situations des mères précaires dans l’aide alimentaire d’urgence

À partir d’une enquête menée au sein d’une association qui distribue des colis d’urgence aux mères précaires et à leurs enfants, cet article interroge comment une organisation hiérarchise les demandes d’aide d’urgence qui lui sont adressées. En effet, comme les membres de Petits pots solidaires sont dans l’impossibilité d’aider toutes les personnes qui en expriment le besoin, la structure détermine ses publics « prioritaires ». Ainsi, bien qu’initialement fondée sur le principe d’un accueil inconditionnel, Petits pots solidaires a dû définir des critères et des procédures pour traiter les demandeuses et leurs enfants. Or, cette évolution hiérarchise l’urgence des situations et distingue les bénéficiaires aux attitudes jugées adéquates de celles qui ne sont pas estimées conformes aux normes du « bon » comportement attendu. En revenant sur ces logiques et leurs dynamiques, l’article informe ainsi, à partir d’une situation singulière, la manière dont s’évaluent les situations d’urgence.

mots-clés : aide humanitaire, aide sanitaire, vulnérabilité, maternité, jugement moral, choix éthique, prise de décision


Numéro 48 – juin 2025 Espaces, temporalités, contextes sociaux des jeux d’argent

/

« Je considère qu’elle n’est pas dans le besoin ». Hiérarchiser les situations des mères précaires dans l’aide alimentaire d’urgence

À partir d’une enquête menée au sein d’une association qui distribue des colis d’urgence aux mères précaires et à leurs enfants, cet article interroge comment une organisation hiérarchise les demandes d’aide d’urgence qui lui sont adressées. En effet, comme les membres de Petits pots solidaires sont dans l’impossibilité d’aider toutes les personnes qui en expriment le besoin, la structure détermine ses publics « prioritaires ». Ainsi, bien qu’initialement fondée sur le principe d’un accueil inconditionnel, Petits pots solidaires a dû définir des critères et des procédures pour traiter les demandeuses et leurs enfants. Or, cette évolution hiérarchise l’urgence des situations et distingue les bénéficiaires aux attitudes jugées adéquates de celles qui ne sont pas estimées conformes aux normes du « bon » comportement attendu. En revenant sur ces logiques et leurs dynamiques, l’article informe ainsi, à partir d’une situation singulière, la manière dont s’évaluent les situations d’urgence.

mots-clés : aide humanitaire, aide sanitaire, vulnérabilité, maternité, jugement moral, choix éthique, prise de décision


Numéro 48 – juin 2025 Espaces, temporalités, contextes sociaux des jeux d’argent

/

Liderança ou cacique : figures d’autorité et dynamiques de pouvoir dans la région de Belo Monte (Amazonie brésilienne)

La construction de l’usine hydroélectrique de Belo Monte en Amazonie brésilienne a provoqué un désastre social et environnemental dès 2017. Après avoir situé cette infrastructure dans l’histoire régionale récente, présenté les contraintes posées aux populations pour accéder aux programmes de compensation et décrit les effets concrets de la mise en service du barrage, l’article s’intéresse au décalage entre les représentations militantes urbaines et les représentations locales rurales de la « résistance ». La situation ethnographique sur laquelle s’appuie la réflexion est une île située à deux heures et demi de bateau de la ville d’Altamira où vit une femme non indigène reconnue par les « mouvements sociaux » urbains comme une liderança, c’est-à-dire comme quelqu’un qui s’efforce inlassablement de tisser du collectif et travaille au bien commun. Toutefois, dona Dulce définit aussi sa position à l’aide d’un tout autre terme – celui de cacique –, en insistant sur la dimension hiérarchique qu’il suppose vis-à-vis de ceux qu’elle affirme représenter. Son usage de ce vocable semble prendre acte d’une communauté de destin qu’elle estime partager avec certains de ses voisins : des indiens dits desaldeados qui, vivant hors des Terres indigènes, ne bénéficient pas plus qu’elle de mesures de compensation mises en place par l’entreprise gérant le barrage. Mais il puise aussi au modèle non indigène du cacique en tant que patron dont les ordres sont censés être suivis par des dépendants. Cette situation met ainsi en évidence les multiples références des terminologies de l’autorité ainsi que les glissements et superpositions qui passent le plus souvent inaperçus. Elle incite en outre à avancer que la perception des inégalités territoriales dans le déploiement des programmes de compensation contribue à la persistance des préjugés envers les indiens des Terres indigènes et à l’adhésion aux thèses de l’extrême droite, ce qui se traduit parfois par le basculement de l’univers de la liderança à celui du cacique.

mots-clés : Amazonie, Belo Monte, inégalités territoriales, mobilisations sociales, représentation politique


Numéro 48 – juin 2025 Espaces, temporalités, contextes sociaux des jeux d’argent

/

Une mobilisation contre le jeu d’argent au tournant du XXIe siècle. Anciens problèmes moraux, nouvelles critiques ?

Dans le contexte d’une forte croissance mondiale des formes commercialisées des jeux d’argent, largement considérées aujourd’hui comme l’un des secteurs légitimes de l’industrie du divertissement, diverses formes d’opposition ont émergé au milieu des années 1990, un peu partout aux États-Unis et au Canada. Elles ont le plus souvent pris la forme de coalitions peu organisées et sporadiques qui n’ont pas réussi à construire un mouvement social à large échelle. Mon étude a portée sur l’une de ces coalitions, observée dans la région de Vancouver, au Canada, sous la forme d’une étude de cas approfondie à partir d’une série de controverses qui ont éclaté en 1994 autour de la construction d’un grand casino sur le front de mer, et qui se sont succédé sur une dizaine d’années. Une ethnographie des mobilisations, articulée au cadrage théorique de la construction sociale des problèmes publics, met en évidence la composition sociale du mouvement ainsi que les conditions qui ont poussé certains acteurs à s’engager dans une forme d’action collective considérée comme perdue d’avance, rétrograde et parfois assimilée par ses détracteurs aux anciens mouvements conservateurs de réforme morale. L’article examine de quelle manière se recompose, en dépit des efforts militants, un balancement entre des registres de moralisation, “démoralisation” et “remoralisation” du jeu d’argent, en articulation avec le recours à un registre d’expertise. Contrairement à ce à quoi l’on aurait pu s’attendre en raison de la prégnance actuelle de la notion, plus que la dénonciation de l’addiction, ce sont des questions de la légitimité de l’économie du jeu d’argent, de l’utilité sociale de ses revenus et de l’affectation de la somme que les pouvoirs publics prélèvent sur les revenus du jeu qui ont été placées au cœur de la critique de jeux d’argent.

mots-clés : jeu, mouvement anti-jeu, casino, Vancouver, Canada, problèmes publics, expertise, mouvement de réforme morale, anthropologie politique


Numéro 48 – juin 2025 Espaces, temporalités, contextes sociaux des jeux d’argent

/

Réflexions sur une vie de paris

J’évoque ici mes premiers paris hippiques lorsque j’étais adolescent, puis étudiant à l’université de Cambridge, pour lesquels je me basais sur des techniques statistiques. Cette expérience de l’économie de marché en tant qu’acteur prenant des risques a influencé mon approche de l’anthropologie économique, à la fois dans mon travail de terrain au Ghana et dans mes explorations ultérieures de l’argent. Je passe ensuite en revue une partie de la littérature sur les paris dans les marchés financiers, en établissant une distinction entre ceux qui gagnent de l’argent et ceux qui se contentent de le prendre comme il vient. Je conclus par quelques observations sur l’argent en tant que religion du capitalisme, et sur mon approche de l’étude de ce que je nomme « l’économie humaine ».

mots-clés : paris, anthropologie économique, monnaie, finance, capitalisme, religion


Numéro 48 – juin 2025 Espaces, temporalités, contextes sociaux des jeux d’argent

/

« Presque tout le monde le fait… ». Jouer et parier sur l’avenir dans l’ouest du Kenya

Cet article traite de la façon dont les Kenyans de l’Ouest planifient leur devenir de manière contrastée en examinant trois pratiques de jeu différentes, observées dans un groupe domestique patrilinéaire. Alors que la participation à la loterie nationale implique une compréhension du futur tel qu’il est organisé par d’autres acteurs et, en principe, projetable, on observe ici la pratique consistant à placer régulièrement des paris à faible risque sur des matchs de football comme une conséquence de l’impossibilité de planifier son avenir à long terme. Puis, est décrite une troisième conceptualisation, en examinant de près un système de paris que l’un des interlocuteurs de l’enquête avait mis au point pour toucher un jackpot hebdomadaire. Le système qu’il a conçu suppose que l’avenir se développe à partir du présent selon des modalités qui, bien que très difficiles à saisir, sont définies justement par ce présent. L’article conclut en distinguant trois façons dont les jeux d’argent appréhendent l’avenir : en renonçant à sa certitude, et en essayant de l’améliorer et l’inventer.

mots-clés : pari, futur, jeux de hasard, argent, exclusion socio-économique, Kenya


Numéro 48 – juin 2025 Espaces, temporalités, contextes sociaux des jeux d’argent

/

« T’as remboursé ta soirée ! » Magic : the Gathering, entre jeu, collection et gain monétaire

Magic : the Gathering est l’un des plus anciens jeux de cartes à collectionner. En raison de cette double dimension, de jeu et de collection, certaines cartes sont plus recherchées que d’autres, pour leur rareté, pour leur usage en jeu ou, justement, pour la collection. À partir du cas de Magic, cet article propose d’étudier comment les joueurs gèrent l’acquisition de cartes de valeurs lors d’évènements ludiques ou d’ achats en boutique de jeux. Grâce à des observations participantes, l’enquête explore la façon dont les acteurs se réfèrent à ces valeurs. Les matériaux révèlent que les joueurs adoptent des attitudes tournées moins vers la recherche de réussite dans le jeu que vers la recherche de gains en cartes, au travers d’un calcul coût/bénéfice. L’article souligne que les participants contrebalancent le caractère aléatoire des situations de jeu en recherchant l’expérience d’un remboursement de leur participation. Les joueurs se tournent vers ce marché secondaire de la carte à jouer afin de mieux contrôler les dépenses liées au jeu.

mots-clés : marché secondaire, jeux de cartes, collection, valeur


Numéro 48 – juin 2025 Espaces, temporalités, contextes sociaux des jeux d’argent

/

« Nous, notre boulot, c’est qu’ils jouent ». Tensions morales et exercice de la régulation des jeux d’argent dans le métier de buraliste

Cet article restitue les tensions morales auxquelles se confrontent les buralistes dans leur rôle de régulateurs des jeux d’argent, et examine les stratégies qu’ils élaborent pour concilier engagement ludique, impératif commercial, et enjeux éthiques face au stigmate lié à cette activité. Alors qu’une nouvelle politique nationale de régulation du jeu émerge (via la nouvelle Autorité nationale des jeux – ANJ), étudier les arbitrages moraux et les pratiques des principales figures de cette régulation au quotidien semble primordial. Cet intérêt pour la condition des buralistes est d’autant plus nécessaire qu’ils font figure d’interface d’un nombre croissant de transactions monétaires hors de tout cadre ludique (comptes Nickel, paiement de facture, d’amendes, de l’impôt, etc.). Ces échanges les positionnent en agents du contrôle social de populations dont le rapport à l’argent est construit comme incertain, voire déviant.

mots-clés : interactions marchandes, jeux d’argent, jeux de hasard, pratiques ludiques, régulation sociale, pouvoir discrétionnaire, délégation de service public, tensions morales


Numéro 48 – juin 2025 Espaces, temporalités, contextes sociaux des jeux d’argent

/

Les turfistes de Varsovie. Récits autobiographiques autour des courses hippiques

Cet article analyse les stratégies narratives employées par les turfistes de sexe masculin, pour ce faire, j’ai conduit vingt entretiens semi-directifs avec des turfistes réguliers de longue date de Varsovie, en Pologne. J’y évoque la manière dont les joueurs présentent leur biographie et emploient des méthodes discursives pour se protéger contre des interprétations négatives de leurs pratiques. L’enquête révèle comment leurs discours de l’ordre de l’émotion, décrivent leur intérêt pour les courses comme une passion originale, qui s’est développée à l’époque communiste. Les émotions ne sont pas présentées comme étant déclenchées par des besoins compulsifs, mais comme résultant d’une passion intellectuelle, entretenue par des personnes partageant les mêmes idées et unies par une volonté d’action et un besoin de liberté.

mots-clés : courses hippiques, jeu d’argent, entretien, émotions, Pologne


Numéro 48 – juin 2025 Espaces, temporalités, contextes sociaux des jeux d’argent

/

Introduction. Une approche anthropologique des jeux d’argent

Cet article présente le numéro « Espaces, temporalités, contextes sociaux des jeux d’argent » en livrant une introduction substantielle à cette thématique abordée d’un point de vue anthropologique. Il rappelle les difficultés conceptuelles que soulève l’expression ‘jeu d’argent’ ainsi que les condamnations religieuses et morales que ces jeux ont subies. Il donne un panorama de la diversité des jeux d’argent en considérant quatre éléments essentiels pour comprendre leurs ressorts : le pari qui lie entre eux les joueurs et joueuses, l’organisation que supposent souvent ces jeux, le rôle de l’État, la dimension spectaculaire de ces jeux. En chemin, sont abordées les notions de contrat ludique, de confiance, de clandestinité, de hasard. Le texte annonce ensuite les contributions du numéro qui traitent surtout des jeux les plus populaires et les plus médiatisés aujourd’hui. Ce sont de riches ethnographies qui analysent de nombreuses pratiques ludiques ayant cours dans des pays aussi différents que la France, la Pologne, le Kenya, etc., avec souvent des dimensions globalisées. Une vaste bibliographie sur ces questions conclut cette introduction.

mots-clés : jeu, jeu d’argent, jeu de hasard, État


Numéro 48 – juin 2025 Espaces, temporalités, contextes sociaux des jeux d’argent

/

Les ancrages territoriaux différenciés des hippodromes en France

Cet article analyse les formes d’ancrage territorial des hippodromes en France à partir d’une approche multiscalaire qui met principalement l’accent sur la région des Hauts-de-France. Si la France dispose du plus dense réseau d’hippodromes en Europe, leur nombre a très fortement diminué depuis un siècle. Cette évolution contraste avec la progression du marché des jeux d’argent, dans lequel les paris hippiques, bien qu’en recul relatif, représentent un enjeu économique important pour l’ensemble de la filière équine. L’article cherche à montrer la diversité des ancrages territoriaux des hippodromes, selon leur rayonnement, leur fréquence d’utilisation et leurs usages hippiques et non hippiques. Si certains hippodromes constituent de véritables pôles économiques structurants, d’autres n’accueillent que quelques réunions annuelles. Ceux-ci s’inscrivent alors davantage dans des processus de patrimonialisation et de festivalisation à l’échelle locale. En revanche, d’autres hippodromes remplissent aujourd’hui des fonctions élargies : équipements multifonctionnels ouverts aux manifestations municipales, lieux de loisirs familiaux ou encore supports d’aménagement territorial. Ainsi, les ancrages territoriaux des hippodromes reposent sur trois paradigmes complémentaires : patrimonial et identitaire, économique, et/ou territorial. Ils demeurent ainsi des équipements qui articulent logiques locales et intégration dans l’espace mondialisé des paris en ligne.

mots clés : hippodrome, paris hippiques, ancrage territorial, patrimonialisation, Hauts-de-France


Numéro 48 – juin 2025 Espaces, temporalités, contextes sociaux des jeux d’argent

/

La géographie du PMU : quand les courses font rejouer l’histoire coloniale

À partir d’analyses localisées et d’enquêtes qualitatives menées sur différents terrains (France, Bénin, Sénégal, Côte d’Ivoire), l’article analyse les dynamiques spatiales de la société PMU. Confrontée au recul des points de vente (fermeture des petits bars et restaurants dans les villes et villages en France) et à la nécessité de trouver de nouvelles stratégies commerciales (enjeu de la numérisation), le PMU développe le marché des outre-mer (DROM) et de l’étranger, notamment Afrique de l’Ouest. Cet élargissement de la pratique du pari hippique à des zones historiquement peu concernées mais dont les liens avec la France sont hérités de la colonisation montre une forme de mondialisation par les paris hippiques, rendue possible par l’évolution des moyens de communication.

mots-clés : pari mutuel urbain, paris hippiques, implantation des organisations, Afrique de l’Ouest, départements et régions d’outre-mer, colonisation


Numéro 48 – juin 2025 Espaces, temporalités, contextes sociaux des jeux d’argent

/

test 47 article lecalvé

Introduction

Dans cette salle de plain-pied du Tieranatomisches Theater, nous nous trouvons sous un radiateur, dans un couloir circulaire, entre deux salles d’exposition. (Fig. 13) Ici, toutes sortes de tissus s’accumulent. L’un des tissus nous parle : « Bonjour, je suis un minuscule vieux fragment de fourrure échappé de l’exposition « Tiere be-handeln ». Pour les visiteurs, je ressemble à une simple particule de poussière tombée sous le radiateur – il doit y avoir un vent thermique qui[…]


Tests

/

Mises à l’écart dans les steppes. Un confinement partagé avec une famille d’éleveurs en Mongolie

Cet article présente un épisode particulier du terrain de recherche de l’auteure lorsqu’elle s’est retrouvée confinée avec une famille d’éleveurs-agriculteurs bouriates dans les steppes du nord-est de la Mongolie. Cette quarantaine ciblée, qui ne concernait que cette famille, s’est produite à un moment de crise en Mongolie : le gouvernement apprenait la présence du coronavirus sur le territoire suite à l’arrivée d’un Français infecté, après des mois de vigilance et de consignes sanitaires suivies à la lettre par les habitants. Cette expérience singulière de mise à distance fait paradoxalement ressortir certains aspects généraux de la sociabilité mongole. D’une part, elle met en lumière une texture des relations sociales faite d’éléments a priori contradictoires – de solidarité et de circonspection, de confiance et de méfiance, de proximité et d’éloignement. D’autre part, elle permet d’avancer l’hypothèse d’une juste distance, un intervalle de sécurité qui serait constamment recherché dans les interactions.

mots-clés : Mongolie, sociabilité, Covid, quarantaine, juste distance


Numéro 47 – juin / décembre 2024 Agir en intrus dans les musées. Inclusions, controverses, exclusions et patrimoines

/

Du « sous-terrain » au « sous-film » : retours réflexifs sur la réalisation et la construction d’un film de recherche

Cet article propose de rendre compte d’un travail ethnographique filmique dans le cadre d’une recherche doctorale. La mobilisation de l’approche filmique dans ce travail doit se comprendre en lien avec l’objet de cette recherche qui visait à interroger les représentations dominantes sur les quartiers dits prioritaires et leurs implications en termes d’espace vécu pour les habitantes et les habitants de ces espaces urbains. Cet accent mis sur l’espace vécu a incité à penser une autre manière de “faire du terrain” en mobilisant la méthode audiovisuelle afin d’appréhender une dimension sensible difficilement transmissible par l’écrit. Le film n’est pas pour autant un simple reflet de la réalité, mais une construction de celle-ci caractérisée par une intention de recherche et une démarche ethnographique. En donnant à lire cette construction du film de recherche, le présent article souhaite mettre en lumière et de manière réflexive le sous-texte ethnographique, les questionnements et les arrangements nécessaires à une telle démarche de recherche.

mots-clés : quartiers dits prioritaires, espace vécu, film documentaire, ethnographie filmique


Numéro 47 – juin / décembre 2024 Agir en intrus dans les musées. Inclusions, controverses, exclusions et patrimoines

/

Adopter le point de vue des choses. Essai ethnographique sur une recherche-exposition virtuelle au Théâtre Anatomique Vétérinaire de Berlin

« TATour » est le titre d’une exposition virtuelle et d’une enquête préliminaire menée en 2020 au Tieranatomisches Theater à Berlin (Université Humboldt). Ce terrain collaboratif a servi de préambule à la création d’une exposition dans cet espace muséal, basé dans un ancien théâtre anatomique vétérinaire (Stretching Materialities, 2021-2022). Contraints par la crise sanitaire du COVID, nous avons investi nos efforts dans l’élaboration d’une visite numérique qui met l’accent sur les activités visibles et invisibles qui y perdurent, même lorsque les visiteurs n’y ont plus accès. Cet article présente le processus de fabrication de cette œuvre immersive, ainsi que la manière inhabituelle de “faire du terrain” que ce processus a engendré : une série de fabulations à 360° avec et sur l’espace d’exposition, générée en particulier par une pratique de l’esquisse.

mots-clés : exposition virtuelle, ethnographie multimodale, fabulation immersive, esquisse numérique


Numéro 47 – juin / décembre 2024 Agir en intrus dans les musées. Inclusions, controverses, exclusions et patrimoines

/

Le musée en réflexion. Une expo-fiction au musée Fenaille de Rodez

Le musée de Fenaille de Rodez a monté en 2010-2011, et à nouveau en 2022-2023, une exposition temporaire, Rolling, fondée sur l’imagination d’un auteur jeunesse, Olivier Douzou. En écho avec la collection permanente de statues-menhirs qui fait la célébrité du musée, le dispositif met en scène la figure d’un scientifique singulier, Henri Mattuse, père de la cinélithique, et sa passion pour les déplacements des pierres. L’article montre comment cette installation, pleine d’humour et d’incohérences, sème le trouble chez le public. Les auteurs décrivent la gamme des attitudes et réactions recueillies et établissent que l’exposition fonctionne comme un embrayeur de réflexivité, non seulement à l’égard des autres pièces du musée mais d’une manière plus générale vis-à-vis du discours scientifique et des formes plurielles de vérité dans notre société.

mots-clés : expo-fiction, muséographie, museum studies, réflexivité, statues-menhirs


Numéro 47 – juin / décembre 2024 Agir en intrus dans les musées. Inclusions, controverses, exclusions et patrimoines

/