La ville dilatée : le temps habité des infrastructures dans un lotissement populaire de Rio de Janeiro
Cet article explore « le temps habité » des infrastructures dans un lotissement populaire situé dans la banlieue de Rio de Janeiro, tout en critiquant la thèse de la compression spatio-temporelle. Loin d’abolir l’espace ou d’uniformiser l’expérience du temps, l’article soutient que les infrastructures hiérarchisent les personnes, en produisant des espaces-temps différenciés. En s’appuyant sur une analyse historique des politiques urbaines, l’article montre que les grands chantiers et les règlements d’urbanisme aux XIXe et XXe siècles ont intentionnellement relégué les Noirs et les pauvres dans des zones de frontière, perçues comme « arriérées », par opposition aux quartiers modernes des élites blanches. Sur la base d’une longue enquête ethnographique, il analyse ensuite comment les habitants du Jardim Maravilha vivent cette situation de frontière, entre l’attente du « progrès » et le goût de la « tranquillité ». L’article souligne donc une dilatation plutôt qu’une compression de l’espace-temps. En conclusion, il propose une lecture hétérochronique de la modernité, où les infrastructures creusent des écarts temporels et sociaux, façonnant des mondes vécus à des rythmes divergents.
mots-clés : compression spatio-temporelle, ontogenèse, habitat précaire, infrastructures, racialisation, urbanisation différée