Gringa, habille-toi ! Le corps vêtu, un texte caché des Andes

Pourquoi les habitants d’une communauté des Andes péruviennes ne cessent d’inviter « l’étrangère blanche » à vêtir les jupes locales ? L’article défend l’hypothèse que ces injonctions vestimentaires sont l’indice d’un « texte caché », au sens de James Scott. Grâce à son maniement, mes interlocuteurs résistent à bas bruit au texte officiel – raciste – des rapports de pouvoir dans les Andes : en habillant et déshabillant là où le racisme hégémonique blanchit et indianise. Pour ce faire, cet article met en œuvre une perspective métaréflexive et une anthropologie attentive aux dires minuscules du quotidien quechua et espagnol. J’analyse d’abord comment mes interlocuteurs détricotent les taxonomies dominantes (indio, gringo, mestizo) et opposent, en dernière instance, l’« indienne vêtue » au « blanc nu ». Je montre ensuite que ce contre-texte vestimentaire manipulé dans les communautés s’appuie sur un rapport de domination local – entre les hommes et les femmes –, en resignifiant la pratique d’« habiller l’épouse ».

mots-clés : Andes, vêtement, racisme, anthropologie sociale langagière, quechua, texte caché.


Numéro 44 – Décembre 2022 Le genre en train de se faire : trouble dans le terrain

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Observer la masculinité violente en train de se faire au sein de la relation d’enquête. Retour réflexif sur une recherche avec des auteurs de violences conjugales

Cette contribution souhaite analyser les dynamiques de la violence de genre au sein de la relation d’enquête et la manière dont elle s’est révélée au cours d’un terrain ethnographique conduit en France auprès d’hommes adultes et hétérosexuels auteurs de violences conjugales. Après avoir présenté le contexte et la méthodologie d’enquête, l’article se focalise sur deux rencontres spécifiques, analysées à partir du journal de terrain : un premier entretien avec un homme qui fait l’objet d’une interdiction de contact avec son épouse, et un deuxième avec un homme qui, de manière inattendue, s’est présenté au rendez-vous accompagné par la victime de ses violences. Chaque rencontre, coconstruite par l’enquêtrice et l’enquêté en raison de l’imbrication de plusieurs rapports sociaux (race, classe, sexe, âge et origine), est devenue une occasion d’observer pratiquement la mise en scène stratégique du genre et son rapport à la violence, ainsi que la façon dont cette dimension a permis aux enquêtés de se situer dans une position hiérarchique dominante vis-à-vis de la chercheuse. Le questionnement réflexif permet ici de comprendre les effets de la violence masculine contre les femmes non seulement dans l’intimité mais aussi dans la relation d’enquête ; en même temps, il contribue à éclairer les limites et les atouts de l’approche ethnographique qui, en tant que telle, présuppose la proximité et l’engagement personnel par les corps.

mots-clés : violences conjugales, genre, masculinités, réflexivité, subjectivité, émotions, ethnographie


Numéro 44 – Décembre 2022 Le genre en train de se faire : trouble dans le terrain

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Le genre : de l’impasse à la catégorie pertinente pour l’analyse du handicap en prison pour hommes

Comment définir le handicap ? Question déjà complexe et qui implique plusieurs points de vue. Comment définir le handicap dans une prison pour hommes ? Voici la question que j’ai eu à résoudre lors d’une recherche doctorale. Cette question est venue “troubler“ une ethnographie au premier abord sans encombre : décrire un milieu qui attise la curiosité, suscite l’indignation et les positionnements moraux. Or, que décrire lorsque le sujet est à la fois foisonnant et conflictuel, quand il semble nous glisser entre les mains ? Une analyse interactionniste a permis de comprendre l’activité constante de jugement, de classement et de catégorisation en prison. La théorie de la « performativité du genre » a ensuite aidé à stabiliser mes analyses. Cet article propose de décrire comment se saisir du « trouble dans le genre », que j’ai éprouvé et provoqué dans le milieu carcéral, m’a permis de découvrir les normes d’hypermasculinité qui régissaient l’ordre pénitentiaire. Dans ce contexte, les prisonniers vus comme handicapés agissaient comme une sorte d’irritant, attirant l’attention sur l’existence de faiblesses et de souffrances que le contexte pénitentiaire œuvrait pour ignorer.

mots-clés : genre, masculinité, prison, handicap, interactionnisme


Numéro 44 – Décembre 2022 Le genre en train de se faire : trouble dans le terrain

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Ethnographier en féministe : l’art des conséquences

Dans cette introduction, nous présentons un aperçu “indiscipliné”, à la fois rétrospectif et prospectif, sur l’ethnographie féministe. Revenant sur le développement des études genre, nous identifions trois inflexions importantes qui ont été articulées au cours des quarante dernières années et émergent de façon saillante aujourd’hui : premièrement, les dynamiques genrées qui sous-tendent la production des connaissances scientifiques ; deuxièmement, les effets réifiants et discriminants des systèmes sociaux de catégorisation ; et troisièmement, les hypothèses biologisantes et binaires qui fondent l’ordre du genre et sont au coeur de la division entre nature et culture opérée dans la pensée occidentale moderne. Nous projetant dans le futur, nous décrivons quatre questionnements caractéristiques du champ multidisciplinaire de l’ethnographie féministe contemporaine, qui conduisent à des degrés divers à un “décentrement” de l’objet de la recherche, à une complexification de la question de la parole, à l’expérimentation de pratiques de représentation alternatives et à une éthique du care, de l’attention et de l’engagement. Nous concluons en encourageant les chercheuses intéressées à poursuivre l’expérimentation de perspectives innovantes et “troublantes” sur lesquelles l’analyse de genre a été fondée et continuera de se développer.

mots-clés : études genre, ethnographie féministe, savoirs situés, distinction sexe/genre, nouveaux féminismes matérialistes, intersectionnalité, représentation, éthique du care


Numéro 44 – Décembre 2022 Le genre en train de se faire : trouble dans le terrain

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AMIOTTE-SUCHET Laurent, 2021. Frères de douleur. Récit d’un ethnologue en pèlerinage à Lourdes.

Pour ceux qui s’intéressent à l’ethnographie du catholicisme, les travaux de Laurent Amiotte-Suchet constituent une approche originale et une source d’inspiration par la variété des thèmes qu’il aborde : des pèlerinages mariaux jusqu’au vieillissement dans les couvents et monastères, en passant par l’exorcisme. Dans son dernier ouvrage, l’anthropologue français parcourt et résume une décennie d’observations sur le site des sanctuaires de Lourdes, où il s’est rendu à plusieurs reprises d’abord comme[…]


Comptes-rendus d’ouvrages

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