« Elle veut nous montrer comme t’es belle ». Choisir ses images dans une démarche de soin

Cet article prend comme point de départ un film de famille que l’auteure a réalisé dans le cadre d’une recherche ethnographique conçue pour rendre visible et honorer la vie de sa grand-tante. Les domaines de l’anthropologie visuelle, de la sociologie des classes et de l’anthropologie du grand âge sont mobilisés pour penser une relation familiale et ethnographique explorée dans le film « Le jeu entre nous ». Le projet, tout comme le film qui l’accompagne, ont soulevé de nombreuses questions liées aux politiques de la représentation en anthropologie. L’auteure s’est rapidement heurtée à des réticences et des stratégies de détournement de la part de cette tante, l’obligeant à repenser en situation la mise en pratique d’une éthique de care, depuis le choix du sujet aux interprétations induites par les prises de vue et le montage, de même qu’à la restitution du travail auprès de l’intéressée. L’article interroge l’espace de visibilité et de valorisation créé par ce dispositif audiovisuel, tout en discutant les enjeux de classes que ce dispositif a révélé entre une chercheuse réalisatrice en fin d’études universitaires et sa principale protagoniste, ancienne ouvrière âgée de plus de 90 ans. Des enjeux qui ont nécessité d’adapter les outils de la recherche afin de proposer un contenu en meilleure adéquation avec la volonté de la personne qu’elle était censée honorer.

mots-clés : vieillesses, femmes, ruralité, classe sociale, récit de soi, film ethnographique, processus collaboratif, care, espace de visibilité


Numéro 49 – décembre 2025 Regarder le soin, soigner le regard : vers une anthropologie réflexive du care

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