Le film fait maison : quand la production documentaire devient un lieu de care

Cet article explore le projet Le film fait maison, dans lequel des personnes ayant vécu ou vivant des situations de précarité résidentielle réalisent leurs propres courts-métrages documentaires sur ce que la maison signifie pour elles. En confiant la caméra aux participants et participantes, le projet vise à décentrer la production du savoir sur le sans-abrisme et à interroger les représentations victimisantes qui dominent l’espace public. L’article met en lumière les frictions qui traversent le processus collaboratif : entre désir de montrer et nécessité de se protéger, entre attentes de recherche et contraintes du vécu, entre idéal d’une pleine participation et asymétries persistantes. Il montre comment ces tensions deviennent des espaces de savoir et de soin, révélant la manière dont la création partagée peut devenir une éthique pratique du care – soin de soi, soin des autres et soin du récit collectif. À travers l’analyse du processus de réalisation de trois films (à lundi, Le Banc, Illégal), l’article montre comment les protagonistes s’approprient la caméra pour rendre visibles leurs expériences, négocier leur visibilité et transformer leur vulnérabilité en prise de parole politique.

mots-clés : sans-abrisme, care, savoirs situés, recherche-création, cinéma documentaire, épistémologie


Numéro 49 – décembre 2025 Regarder le soin, soigner le regard : vers une anthropologie réflexive du care

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